« J'ai tout décidé, j'ai décidé depuis longtemps. Je ne sais pas comment vous pourriez m'aider, ni ce que je pourrais encore raconter. » C'était ma première rencontre avec une personne ayant pris la décision de recourir à l'euthanasie. Dans les yeux de la patiente, il y avait ce mélange poignant de certitude et de fatigue. Elle portait le poids d'une maladie longue, incurable qui grignotait lentement ses forces. Et elle désirait enfin se reposer. Se reposer de tout.
Nous avons échangé pendant près de vingt minutes. Puis, elle a confié, presque en murmure : « Vous savez avec qui les conversations m'ont vraiment aidée ? Avec cette infirmière que j'ai croisée à l'hôpital. Elle m'a apporté tant de clarté. » Son visage, un instant, s’est illuminé.
En lisant le livre « Communication. Qui soigne et se soigne », ce souvenir m'est revenu en mémoire. J'ai pensé à cette patiente et à ce moment où, malgré la certitude de sa décision, une simple conversation avait éclairé son regard. Ce livre s'adresse au personnel médical, conçu avec un respect profond pour leur réalité où le temps manque souvent. Les informations essentielles y sont distillées sous forme de croquis, déroulées comme une journée qui se déploie.
Les autrices – l’urgentiste Laure Watelet et l’illustratrice Pauline Antoine – nous ramènent à une vérité universelle mais souvent oubliée : les patients, face à la tempête de la crise ou du stress, perdent leur ancrage. Ils peinent à raisonner, à mémoriser, à traiter les informations. Face à la maladie, ils sont souvent perdus, incapables d’écouter ceux qui veulent les aider, et parfois même leur propre corps se cabre devant l'aide.
Que peut faire un médecin pour qu'un patient retrouve son souffle, pour que son esprit s'apaise, que son corps se relâche ? Ce livre rassemble des gestes simples, des mots qui restaurent la confiance et la sécurité. De petites clés pour offrir aux patients – comme à leurs soignants – un refuge et une ancre.
Mais plus que de simples méthodes pour aider les patients, ce sont des trésors pour ceux qui soignent. Une grande inspiration, une expiration. Un rappel de l’espace, de la permission de ralentir au cœur de la tempête de l’urgence. Des gestes qui apaisent non seulement l'esprit des patients, mais aussi celui de ceux qui les accompagnent.
Par: Sonia TERLEZ, psychologue Pallium
Les propos repris ci-dessus n'engagent la responsabilité que de l'auteur de cette critique.